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05.04.2008

Zizanie au sein du MRAP

1830832716.jpgLe dernier congrès du MRAP largement boycotté, la direction contestée pour ses orientations "communautaristes", le fonctionnement dénoncé comme antidémocratique, des démissions en chaîne, des effectifs en chute libre… Rien ne va plus chez les antiracistes de France.

Exemple parmi d'autres, Horiya Mekrelouf, responsable du comité des Bouches-du-Rhône, a boycotté le dernier congrès du Mrap et déclare souhaiter "la démission de Mouloud". Avec seulement 131 délégués présents[1] sur 286, Mouloud Aounit, président du Mrap depuis vingt ans, a une fois de plus été réélu avec un score stalinien ce 28 janvier 2008. Pourtant, jamais il n'aura été autant affaibli. Et même si la direction nationale reste seule sollicitée par les médias nationaux, la grogne devient de plus en plus difficile à étouffer. La désaffection est partout, dans les instances dirigeantes comme parmi les adhérents dont le nombre chute de façon vertigineuse. En 2007, 500 personnes quittent le mouvement. Ils sont alors 2351, moitié moins qu'il y a huit ans. Même les plus anciens militants se détournent du mouvement, comme le chanteur Jean Ferrat qui dénonçait dans une lettre au président "une position extrêmement grave pour l'avenir de notre démocratie laïque". Et nombreux sont les adhérents qui dénoncent une direction qui "encourage la mise en concurrence des mémoires et les replis communautaristes, enferme dans l'identité religieuse les citoyens d'origine arabe ou maghrébine, taxe toute critique et interrogation sur les pratiques et régimes totalitaires liées à l'islam politique comme islamophobes, refuse d'étudier les nouvelles manifestations de l'antisémitisme venant d'autres mouvements que de droite ou d'extrême droite".

Communautariste et anti-démocrate, le camarade Mouloud ?

Autre sujet de critique, le mélange des genres. Mouloud Aounit, président du MRAP, est en effet conseiller régional Ile-de-France, il est entré dans le comité de campagne de Marie-George Buffet lors de la présidentielle et, bien que largement battu lors d'une investiture dans le 93, il se porte encore candidat aux législatives, cette fois contre le PC, qui n'incarne plus pour lui "la diversité" (il obtiendra 3% des voix).

Et puis le MRAP ne respecterait pas la démocratie. Danièle Poupardin, secrétaire du comité d'Ivry-sur-Seine, parle de "congrès mascarade", de "votes opérés en catimini lorsque les provinciaux partent", de censures dans les journaux internes, de "réécriture par une commission des motions proposées", au point que les comités refusent de voter leur propre motion qu'ils ne reconnaissent plus.

Et les déclarations du président du MRAP font régulièrement des vagues  : sur le site oumma.com où il dispose désormais d'une tribune, sur France 2 où il propose que des repas halal soient servis dans les écoles. La même année, après plus de neuf ans de participation à la direction nationale du Mrap, Isabelle Sirot démissionne du Bureau national  : "Je ne resterai pas dans une association qui ne défend plus les valeurs universelles de l'antiracisme et qui favorise par ses prises de positions le communautarisme, pilier du racisme", proclame-t-elle. Depuis, le Mrap s'enfonce dans un soutien aveugle à la "religion des opprimés" (entendez l'islam), au point que certains s'amusent à parler du "Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié du Prophète".

Lorsque le Mrap porte plainte avec l'UOIF contre France-Soir dans l'affaire des caricatures, en février 2006, c'est un nouveau malaise qui s'installe dans le mouvement. "J'étais dans le train lorsque j'ai appris que le CA auquel je venais de participer avait voté la plainte. C'est ainsi qu'étaient prises les décisions en CA. On attend la fin de l'ordre du jour et on fait voter lorsque beaucoup de provinciaux sont déjà partis", raconte Nadia Kurys. Douze élus de la direction nationale opposés à ces poursuites lancent alors un texte : "Pas en notre nom !"

"Ce qui me gêne le plus, explique Danièle Poupardin, c'est ce soutien inconditionnel à l'islam sous couvert d' 'islamophobie', une expression d'ailleurs âprement discutée et qui a fait l'objet d'un vote. En revanche, le Mrap lâche complètement les musulmans en lutte contre les islamistes." Et Gérard Kerforn déclare que "l'islamophobie n'est pas notre problème. Mouloud Aounit confond sans cesse racisme antimusulman et critique de l'islam. Il l'a prouvé encore dans l'émission de Bern dans laquelle il était d'ailleurs rangé du côté des religieux".

Enfin, comme pour la Ligue des Droits de l'Homme, les liens qu'entretient le Mrap avec certains mouvements, notamment de la mouvance de l'islamiste Tariq Ramadan, suscitent également polémique.

[1] 165 votants procurations comprises.

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