Nous recevons cette semaine, Alain Escada, secrétaire général de l’Institut Civitas. Cet entretien est pour lui l’occasion de présenter plus en avant le projet Civitas et de faire le point sur des questions épineuses.
Nous le remercions d’avoir répondu à nos questions.
Génération F8 : Bonjour. Vous avez décidé de lancer une grande campagne d’information sur les activités de l’Institut Civitas. Pouvez-vous commencer par vous présenter ainsi que votre projet ? L’Institut Civitas est-il un groupe politique ? Une association métapolitique ? Un futur parti catholique ?
Bonjour. Pour me situer, disons qu’il y a bien longtemps que je souhaite développer un authentique lobbying catholique, pénétré de foi profonde et de ferme volonté mais aussi de rigueur, de méthode et de tactique. A Bruxelles, tant auprès des institutions européennes que de sociétés commerciales ou de médias, j’ai déjà pu vérifier le réel potentiel d’une telle démarche. En France, il y a beaucoup à faire en ce sens. Depuis février 2009, j’exerce la fonction de secrétaire général de l’Institut Civitas. Il s’agit d’un mouvement d’action politique et sociale, animé par des laïcs catholiques et inspiré par la doctrine sociale de l’Eglise et le droit naturel. J’entends bien, si Dieu veut, faire de Civitas un fer de lance pour la restauration d’une France chrétienne. En ce moment, l’Institut Civitas renforce ses structures et développe son implantation locale. Nous sommes dans une importante phase de recrutement. Il s’agit de démontrer avec beaucoup de pédagogie que les catholiques ont des devoirs qui ne se limitent pas à assister à la messe chaque dimanche. Ils doivent aussi prendre leurs responsabilités dans le domaine politique. Avec humilité, bien sûr. Mais aussi avec foi et espérance. La résignation de tant de catholiques traduit en fait leur manque de foi et leur peu d’espérance. Civitas veut contribuer à rendre confiance aux catholiques et à fortement augmenter la visibilité des catholiques dans la vie publique.
Génération F8 : Par quels moyens comptez-vous réveiller nos compatriotes qui paraissent totalement léthargiques ? L’action de terrain (tractage, collage…) peut-elle suffire ? De même, comment les sensibiliser sur le fait que sans Jésus-Christ, les hommes représentent si peu de choses ?
L’Institut Civitas insiste fréquemment sur ce qu’il considère comme indispensable et indissociable : prière, formation, action. L’action sans la formation n’est qu’activisme sans lendemain. L’action doit être au service d’une idée. Le raisonnement doit précéder l’action. Mais sans tomber dans l’intellectualisme qui empêche l’action. La formation qui ne déboucherait pas sur l’action serait donc stérile. Quant à la prière, elle nous aide à faire preuve du discernement nécessaire ainsi qu’à obtenir quelques grâces bien utiles. Au vu de la situation actuelle, il serait bien présomptueux de croire que la France pourrait se relever par la seule force de nos moyens naturels. En somme, il nous faut à la fois agir comme si tout dépendait de nous et prier comme si tout dépendait de Dieu.
Ceci dit, faire comprendre cela à l’homme de la rue en 2009 n’est pas une mince affaire. Pourtant, il ne faut pas regarder bien loin pour constater à quel point ce même homme de la rue est en quête de repères, de valeurs solides, et, disons-le clairement, de spiritualité. Regardez le nombre croissant de Français se convertissant à l’islam. Regardez l’intérêt de nos concitoyens pour le New Age ou les philosophies orientales. Regardez le succès des revues de psychologie et des livres de « connaissance de soi ». Depuis que les Français ont cessé d’aller à l’Eglise, ils cherchent partout ailleurs les réponses que seul peut pourtant donner le Bon Dieu.
Mais les occasions d’ouvrir les yeux à nos compatriotes ne manquent pas. Prenez l’exemple du travail dominical et de la loi Mallié que combat Civitas. Voilà une opportunité parmi d’autres de montrer à quel point la doctrine sociale de l’Eglise est authentiquement la garante du Bien Commun. Défense de la Foi, protection de la Famille et souci social convergent.
Génération F8 : Les Français semblent perdus, déboussolés. Dans ces conditions, alors que des échéances électorales importantes approchent, l’Institut Civitas donnera-t-il des consignes de vote pour les élections régionales de 2010 ? Et pour l’élection présidentielle de 2012, échéance la plus importante dans le système républicain ?
Dans le contexte actuel qui n’offre pas grande perspective immédiate pour l’électorat catholique, l’Institut Civitas ne donnera pas des consignes de vote mais rappellera des principes. Il y a des valeurs non négociables et l’électeur catholique doit le rappeler à ceux qui prétendent convoiter son vote.
Cela dit, nous considérons qu’il faut savoir agir avec patience. Nous visons plus certainement à influencer les élections municipales parce que nous considérons que, de la même façon qu’on construit une maison par le bas, on transforme le paysage politique à partir de l’échelon politique le plus local. Ces dernières années, cet ancrage local a d’ailleurs cruellement manqué à diverses formations politiques qui ont pour ambition de redresser la France.
Génération F8 : La formation prend une place très importante dans le cadre du projet Civitas. Les jeunes et moins jeunes qui désireront se former avec l’aide de Civitas recevront quels types de formations et par quels formateurs ?
Nous souhaitons proposer une formation assez complète à ceux qui nous rejoignent : doctrine sociale de l’Eglise, philosophie politique, histoire, droit, connaissance des institutions, géopolitique, techniques de communication… Selon les matières, les personnes assurant ces formations sont des abbés, des professeurs d’université, des hauts fonctionnaires, des juristes, des médecins, des historiens, des économistes, des politologues…
Génération F8 : La « sphère traditionaliste » d’un point de vue religieux ne se présente pas comme unie. Cela ne vous paraît-il pas décourageant ? De même, comment définiriez-vous le traditionaliste catholique ? Est-ce une espèce en voie d’extinction ?
Je ne connais pas de communauté humaine qui ne soit sujette à un moment ou l’autre de son histoire à division. Mais je suis confiant. Comparez la jeunesse et la vigueur de ce monde de la Tradition catholique à la vieillesse fatiguée de l’Eglise conciliaire et il vous apparaîtra naturellement où se trouve le sel de la Terre.
Génération F8 : Que répondez-vous à ceux qui vous disent que vous n’obéissez pas au Pape ? Dans le même ordre d’idées, qu’attendez-vous des discussions entre Rome et la FSSPX ? L’Institut Civitas peut-il jouer un rôle ?
D’une part, je ne puis que constater que la démarche de Civitas rencontre l’appel du Pape à ce que les catholiques s’engagent dans la Cité. D’autre part, j’obéis à 2.000 ans d’enseignements de l’Eglise.
Quant aux discussions entre Rome et la FSSPX, je fais entière confiance aux autorités de la FSSPX et je prie pour que Notre Seigneur Dieu Tout Puissant guide ces discussions.
Génération F8 : Quel bilan tirez-vous de la session de formation qui a eu lieu les 12 et 13 septembre 2009 à Couloutre ?
Cette session constitue un encouragement pour tous ceux qui se dévouent généreusement au sein de cette belle œuvre. Les « anciens » ont été impressionnés par la quantité de jeunes filles et jeunes garçons présents et désireux de s’engager pour une France catholique. Je constate avec plaisir un réel essor de notre mouvement. On ne vient pas ici pour servir un parti ou un chef, on vient ici pour servir Dieu et la patrie. La nuance est de taille.
Génération F8 : Quel sera votre mot de la fin ?
J’aimerais dire à ceux qui liront cet entretien : « Ayez la Foi ! Certes les choses vont mal. Mais si vous baissez les bras, c’est que vous n’avez pas la Foi ! Si vous croyez qu’il ne sert à rien de lutter, c’est que vous n’avez pas la Foi ! Si vous cherchez prétexte à ne rien faire, c’est que vous n’avez pas la Foi ! Si, au contraire, vous avez foi en Jésus-Christ mort sur la croix pour chacun de nous, rien ne pourra vous retenir de vous engager avec générosité pour contribuer au triomphe du Christ-Roi ! Ayez sincèrement la Foi et vous serez surpris des grâces que le Bon Dieu vous accordera dans cette bataille que vous livrerez pour Lui ! »
Propos recueillis en novembre 2009